Exposition à la galerie wikiarte en juin 2020

Tout en plaçant dans le quotidien les images de cette femme, le terme chronique a paru à BM mieux représenter son propos que celui de série, généralement employé pour une exposition de photographies.
Le thème reste large et souple, chaque photographie vit et est sensée être esthétiquement autonome,  tout en fournissant une clé de lecture pour celle qui suit.
L’ambition est grande : montrer des photos, qui s’inscrivent dans la vie courante d’une femme sans aucune anecdote.
Le thème et le fil conducteur, révèlent de la sensualité mais plus encore, du corporel. Celui qui passe précisément et naturellement par la pensée, les formes, les courbes, le cadre et le contexte.
Le « non-modèle », la femme qui ne pose pas, nous confie, à l’aune de sa générosité, son secret… .
 
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Exposition à la galerie Wikiarte à Bologne (15/06/2019 au 27/06/2019)

Coup de foudre
L'art pose ses fondements sur la capacité d’observer et la capacité d’écouter, activités différentes mais complémentaires. Rester a l’écoute implique toujours la possibilité d'être écouté, d'entrer en relation avec l'autre, comme si l’on était devant un miroir capable de répondre à nos questions les plus intimes. Entre ceux qui travaillent et ceux qui regardent, qui restent à l'écoute de leurs émotions les plus profondes, un dialogue complexe et articulé s'établit qui, enveloppant aussi les ouvres produites, peut favoriser les conditions idéales pour la naissance de nouvelles réalisations, possibles uniquement à la lumière d’une recherche de signification comprenant des échanges non seulement techniques, mais aussi émotionnels. La rencontre entre Bernard Merces et Odile Chalmin est une rencontre au quotidien: les deux artistes, qui vivent et travaillent ensemble, bien que dans des espaces différents, partagent une dimension de confrontation qui révèle un désir expressif commun. Chaque jour l’art jaillit de l’inconscient d’Odile, intense et émotionnel, rejoint la synthèse visuelle de Bernard, riche de suggestions issues de l’équilibre des formes. Toutefois les voies artistiques restent indépendantes, jusqu'au jour où une photo de Bernard rejoint occasionnellement un tableau d'Odile, qui n'est qu'apparemment différent, dans une sorte de "cadavre exquis" involontaire mais évocateur accroché sur une paroi de leur maison. À partir de ce moment, au cours duquel les artistes ont pris conscience de la possibilité de la coexistence harmonieuse entre les œuvres picturales et celles photographiques, un projet de dialogue analogique a alors démarré, développé par le couple d'artistes sur trois niveaux: esthétique, chromatique, thématique. C'est la rencontre singulière entre deux personnalités, deux formes d'expression différentes, deux manières différentes de comprendre le monde. Le discours artistique s'articule patiemment autour d'un sujet commun: la relation. Le résultat proposé au public favorise une réflexion sur les langages artistiques et les possibilités émotionnelles infinies que ceux-ci peuvent générer. Odile et Bernard savent regarder au-delà de la réalité pour entrer dans le sentiment et ses facettes infinies, nous invitant à faire de même: une invitation que chacun de nous est chaleureusement invité à recueillir.
Francesca Bogliolo



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Motivations (exposition de photos couleurs de 90 cm x 60 cm - année 2018)

Le fil conducteur, autrement dit le prétexte, pour présenter ce travail, fut de rendre toutes ses qualités à la « couleur » ; dans mon cas, mieux vaut tard que jamais. Mes confrères et de grands orfèvres en la matière ne m’ont pas attendu et je salue leur talent pour les uns, leur courage pour les autres !
Mais je soupçonne certains photographes, dont je partage les motivations vis à vis du presque exclusif Noir et Blanc, de ne pas oser s’attaquer à la couleur, enfin plutôt à la « forme » dans la couleur. 
Ici j’ai franchi le pas. Pour tenter d’atteindre cette nouvelle ambition, je suis parti de photographies représentatives et qui répondaient à priori aux critères que je me suis fixé.
La couleur, la chaleur dominante ont bien entendu beaucoup d’importance. Mais c’est la « forme » qui a guidé mes choix finaux.
Je voulais des images porteuses, fondamentalement, du « trait » moderne : je souhaitais que les photographies, très différentes au plan anecdotique, aient un rapport aux proportions identique. Dans cette expérience, j’y vois la base d’une cohabitation harmonieuse.
Très liée à la nature des couleurs dominantes, une réflexion sur la présentation physique des photos (cadre et couleur des cadres, collage ou pas, vitre ou non, papier bien sûr…) m’est apparue aussi comme essentielle.
Trêve d’explications, il s’agit avant tout de plaisir.
La photo d’entrée, qui vous accueille, est prise avec mon smartphone ! Serait-ce une provocation ? un clin d’œil, assurément.
 Pour l’ensemble, c’est évidemment au visiteur qu’appartiendra le dernier mot.


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Dans le cadre des interventions qui se déroulent à l'ESDAC à AIX en PROVENCE, sur une toile de fond de présentations multiculturelles (peinture, photographies, sculture, .... etc.) j'ai produit un texte qui s'intitule :

                                                Motivations et Raisons singulières d’éditer un livre de photographies

Il fait complément au préambule du livre "Choses mêlées"



L’envie, ou le besoin d’éditer un livre ne vient pas subitement. Ils planent et murissent longtemps en soi. Jusqu’à ce qu’un jour, sans en percevoir consciemment le pourquoi, ils se transforment en Motivation concrète et imposent un passage à l’acte.
Ainsi, on comprendra que ce livre occupe tout mon esprit depuis que ce déclic a eu lieu.
S’engage alors une longue période à la fois passionnante et difficile, le passage du rêve à la réalité. Une entreprise qui m’implique entièrement : par l’ampleur du projet, que j’ai voulu très personnel et ce qu’il a fallu faire pour y arriver. Puis le travail avec l’imprimeur en fin de parcours. Il généra joie et angoisse et s’acheva par ma livraison du « chemin de fer », qui me paraissait évidemment moins que parfait !
Le livre arriva enfin entre mes mains: moment inégalable où tous les sens (le toucher, l’odorat, la vue) sont convoqués.
Enfin intervient la livraison des palettes chargées de tous les livres. La panique gagne ! Nous y sommes.
Cette note vient en complément du préambule du livre où beaucoup est dit.
Ce qui n’est pas dit dans le préambule, en tous cas pas explicitement, c’est mon rapport à la photographie. Il n’est pas professionnel au sens où il ne s’est jamais s’agit d’assumer le niveau dialectique entre le geste artistique et la nécessité d’en vivre au plan matériel. Une chance me direz-vous ! Je veux bien l’admettre mais pas entièrement car, d’un autre côté, j’ai donné les années les plus prolifiques de mon existence à une activité professionnelle, certes passionnante, mais dont le pan « artistique » était à peu près inexistant. Chacun a sa vie !
Jeune adulte, je me suis intéressé au monde de la photo,  sans rien produire, mais admiratif, le tout me semblant inaccessible. « Me semblant inaccessible » première attitude mentale déterminante. C’est-à-dire premier aiguillage sur ce terrain où un choix se présente. On le fait sans penser et cela a une incidence déterminante sur son existence. On peut parler de PROVIDENCE[1] quand un choix entre deux voies se présente, non explicite et que quelque chose d’instinctif, hors d’une pensée consciente, nous fait « aller à gauche plutôt qu’à droite ».
Deuxième épisode, période début de mon activité professionnelle, je m’équipe sans autre ambition que de me «faire plaisir ». J’y trouve à l’évidence une valorisation, le premier appareil un peu sophistiqué, tout l’attirail argentique qui envahit la salle de bain les fins de semaines, puis le choix d’un labo professionnel dans Paris… etc.
Les années (photographiques) passent dans une relative banalité non assumée, excepté quelques éclairs aléatoires.
La psychanalyse viendra stopper ce parcours  par trop superficiel.
Pour faire court, il en ressortit que l’exercice de la photographie était au service de l’immaturité plutôt que l’inverse ! J’ai posé mes appareils et le reste, et suis passé à autre chose.
De longues années durant j’ai certes conservé un intérêt artistique pour la photo mais plus jamais de pratique et ce sans amertume ; c’était ainsi !
 Ce n’est que récemment, compte tenu de mon âge « récemment » se situe quand même sur environ quinze ans, que j’ai eu la chance de rencontrer un vrai photographe[2] à mes yeux. Voyant mon intérêt pour son travail, il m’a incité à m’y remettre. Ce que je fis (la Providence), sans appréhension ni ambition, mais avec décalage, en me voyant prendre la chose d’une manière sérieuse et sereine, avec un rapport au résultat manifestement très différent de celui que j’avais connu d’antan.
Il s’en suivi une période d’équipement (je choisis le Numérique)  et d’utilisation du matériel avec une joie calme et profonde. Je ne me faisais pas d’illusion particulière quant à la qualité du travail fourni, mais j’aimais certaines de mes images et cela m’auto encourageait en quelque sorte. J’eus l’opportunité de participer d’une façon régulière à des expositions… . S’agissant d’un hobby tout allait pour le mieux.
Grâce à mon ami photographe j’ai pu présenter un dossier (trois photographies) en vue d’exposer au salon d’automne de 2006. J’ai eu la chance d’être retenu. Ce fut une véritable expérience, bien sûr de par la notoriété de l’évènement et aussi par le passage de centaines de gens, certains trouvant intérêt à poser des questions sur le travail présenté d’autres passant devant indifférents. Une bonne leçon, s’il en était besoin.
L’idée d’éditer un livre a toujours flottée dans l’air, vague, comme si c’était en attente du bon Signe.
Je m’exprime sur ce sujet dans le préambule du livre:
« … . En effet, j’ai la conviction que présenter cette somme, quelle que soit sa qualité sur le plan photographique, revêt à mes yeux comme un caractère d’urgence que je suis contraint de percevoir et qui ne fait qu’accentuer le côté « personnel » auquel je fais allusion. Cette « urgence », dans ce qu’elle laisse voir de Sens caché, se présente simplement comme le moment de conclure, non comme pour une fin mais plutôt comme pour une page qui se tourne. »
 
Si j’avais à trouver une image explicative je dirais que ce livre est l’équivalent « de l’ouvrage qui conclue le parcours du Compagnon ». C’est donc un acte symbolique et très professionnel, qui s’adresse aux autres mais aussi à moi-même.
 
J’extrairais de la suite du préambule le « glissement » opéré, avec une dose d’humour, de « Choses mêlées » à « sang mêlé », intégrant ainsi ma créolité et ses avatars[3] .
Tout cela produit un mélange de « choses » Signifiantes. Ajoutons la couverture du livre, conçue avec la photo d’un tableau d’Odile et plus généralement le rôle de ma compagne comme inspiratrice et modèle participatif, je veux dire de bonne volonté. Participatif serait à mettre entre guillemets car je ne lui ai jamais demandé de poser. Si je l’avais fait, comme principe, je me serais positionné de fait devant le modèle « objet ». S’agissant de mon épouse en particulier, qui est le modèle qui passe le plus souvent devant mon objectif, c’est avec naturel que je m’adresse instinctivement à elle par le biais « d’une partie pour le tout » ; même si son corps apparait sur l’image dans sa globalité[4]. Cet  a priori participe, en complément à la méthode de construction qui s’est imposée, à ce que le livre se ressente comme un manifeste, ce que je souhaite. Les commentaires, que nous avons coécrits et que nous voulions non descriptifs, s’inscrivent aussi dans cette ambition.
 
Pour construire ce livre, j’aurais pu faire un tri par thème : Nus, Paysages, Architectures, etc. Classique non ! Mais cela ne convenait pas à mon mode de pensée régi par ma motivation. Comment faire alors ? Je suis parti d’un grand nombre de photographies. Après avoir reclassé quelques 3000 images, j’ai commencé à « boucler » en éliminant sur le critère esthétique (cette photo mérite-t-elle de figurer dans … etc.). C’est au cours de cette phase que j’ai réalisé que donner la priorité à l’esthétisme ne me procurait aucun plaisir, voire finissait par me mettre mal à l’aise. Dans mon cas et s’agissant d’un premier livre, la primauté d’un jugement de valeur sur chaque image donnait une tonalité humaine à ce processus de choix confinant à une sorte d’objectalité triomphante. Très mauvais, ça, camarade !
Devant ce constat je devais changer mon fusil d’épaule.
Je ne me suis pas seulement proposé de présenter les photos par PAIRE, de telle sorte qu’à l’intérieur de la planche ainsi formée les deux images se parlent, j’ai aussi décidé de faire le choix sur le « ressenti » avant tout. D’extraire une photographie qui se « marie » bien, même si elle me parait limite sur le plan esthétique. En quelque sorte se laisser aller, faire confiance ou plutôt accepter de m’en remettre à l’improvisation qui Révèle (pour ne pas dire « lâché prise »), qui respecte ainsi l’idée de manifeste, j’y insiste.
J’ai voulu exprimer cela dans le préambule du livre:
« On l’aura compris, ce livre me représente, moi en profondeur, c’est ainsi. Je sens cela intimement, sans pouvoir livrer les clés. Dans les choix esthétiques que je fus fatalement amené à faire, j’ai tâché d’en tenir compte:
Laisser vivre autant que possible, en parallèle, le flux « à clés » et le flux « esthétique ». »
Ce n’est que devant le résultat que j’ai vraiment pris conscience que c’était viser haut.
Trop tard !
Ce livre « me représente », je suis conscient que ce n’est pas perceptible comme ça. J’évoque des clés sans pouvoir moi-même les appréhender précisément. Et pourtant un maillage clés et esthétique, existe bel et bien. Il relève de choix qu’il a bien fallu faire… . Si je considère que la méthode pour constituer une planche est déjà expliquée, il apparait, en somme, la représentation d‘une sensualité que se partage les corps, la matière et la nature.
Je souhaite que cela soit perceptible au lecteur. Si je n’ai pas été assez clair, ce qui est certainement le cas, j’espère qu’il sera sensible aux Signes et à la sincérité du propos.
 
 
 
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[1] Le concept de providence fait l’objet d’une pensée particulièrement originale développée par ce philosophe du 18 siècle, Fabre d’Olivet, en particulier dans : Histoire philosophique du Genre Humain.
 
[2] Il s’agit de Maurice SHERIF, citoyen américain vivant en partie en France. Son dernier travail l’a conduit à produire deux énormes livres sur le mur de séparation entre le Mexique et les USA. Une véritable thèse qui l’amène à faire des conférences un peu partout.
[3] Au sens « S’emploie au figuré pour désigner les incarnations successives ou les rôles d’un même individu… . »
(cf. Vocabulaire Philosophie André Lalande, au PUF)
[4] Analogie, même lointaine, avec le concept psychanalytique « d’objet partiel » !